Liberty-Jeep

Résistance en Normandie * Pays de la Forêt de Lyons *

 

Extraits de « la Résistance Normande »

 

« Ry, 8 avril 1941.

La nuit enveloppe complètement de sa noirceur le plateau des Ventes, et les deux ou trois maisons qui forment le hameau se fondent dans cette obscurité. Pourtant, lorsqu’on s’approche un peu de la plus grande bâtisse, on voit filtrer quelques fugitives lueurs au travers des persiennes. Tout le monde ne dort pas au « château » ! Réquisitionné par l’occupant, il abrite l’état-major allemand des transmissions régionales, et les sentinelles veillent au-dehors, invisibles dans les ténèbres, seulement repérables à leur marche routinière et monotone. De l’autre côté du chemin, la scierie menuiserie des frères Boulanger semble déjà engourdie par la torpeur nocturne. Semble seulement, car en réalité c’est une étrange activité qui règne dans la petite maison d’habitation. Dans un silence total, sous un pâle et discret éclairage qui projette de bizarres silhouettes sur les murs de la cuisine, des ombres s’affairent et se démènent, occupées à un bien curieux travail.

 

Raoul et Henri Boulanger, leurs épouses Lucienne et Augustine, creusent tout simplement, en partant d’un placard de cuisine, un souterrain.

 

Primitivement, ce n’était qu’un boyau qu’ils avaient déjà foré pour constituer une cache et une éventuelle issue de secours destinées à Raoul, rentré chez lui après maintes péripéties avant sa démobilisation officielle. Mais à présent, leur ambition est plus grande ; ils veulent agrandir l’étroit passage, le relier à la buanderie et à la marnière toute proche, et aménager des pièces destinées à recevoir des habitants ! Ainsi, de coups de pioche en pelletées, seau de terre après seau de terre, l’étrange termitière prend forme. Au fil des nuits, avec l’aide des premiers requis – neveux, cousins, amis – qui seront ainsi planqués, la casemate s’organise. Les gravois sont évacués la nuit dans la marnière et, au petit matin, recouverts de sciure. Salle après salle, obstinément, on pioche, creuse, étaie. On fignole les détails ; une porte secrète donne sur le flanc du puits ; rembourrée de son comme les autres issues, elle est parfaitement indétectable. On aménage, galerie par galerie, les bouches d’aération savamment dissimulées dans des piles de bois ou reliées à la marnière. Un branchement astucieux sur le secteur, effectué par ce bricoleur de génie qu’est Raoul Boulanger, fournit le courant électrique, tout en étant absolument invisible. Mois après mois, le labyrinthe secret se structure à la barbe des Allemands qui ne soupçonnent guère ce brave monsieur « Boulinger » d’actions terroristes.

 

Et pourtant ! Celui qui va devenir le redoutable « Fantomas », chef des « Diables Noirs », leur porte déjà les premiers coups.

 

De temps en temps, inexplicablement, un camion qui amène des munitions au camp de la Haye, dans la forêt de Lyons, après s’être arrêté quelques instants au tabac du village, saute soudainement dans la traversée des bois de Ry ou de Saint-Denis : Raoul a joué du tube mystérieux ! Son procédé est simple et astucieux, encore fallait-il y penser ; un tube de pierre à briquet, dans le fond duquel il verse un peu de poudre faite avec du soufre, du charbon de bois et du chlorate, recouvert d’un bouchon pas plus gros qu’un filtre de cigarette, bien pressé contre la poudre, un peu d’acide sulfurique ensuite, un bouchon hermétique pour fermer le tout, et il suffit de lâcher ce gadget dans le réservoir d’un camion. Lorsque l’acide aura désintégré le bouchon, les vapeurs d’essence feront exploser le tube et…le reste ! Beau feu d’artifice à peu de frais !

 

Autre plaisanterie de Fantomas : dispenser généreusement de la potée d’émeri dans les bidons d’huile réservés au grand garage allemand du parc automobile de Héron.

Telles sont les activités, en ce début de 1941, de ceux qui deviendront le commandant « Fantomas » et le capitaine « Cartouche », créateurs du maquis des Diables Noirs.

Des hommes qui n’ont pas fini de faire parler d’eux ! »…….

 

 

CHAPITRE VI

 

FANTOMAS ET SES DIABLES NOIRS (juin 1941)

 

«  L’inspecteur Alie pénètre en coup de vent dans le bureau de son collègue René Déterville :

-          C’est toi qui as instruit l’affaire de Ry ?

 

-          Oui, répond le brave policier, un peu interloqué.

 

-          Eh bien, nous avons l’impression, les Allemands et moi, que l’enquête n’a guère été poussée en vue de retrouver les coupables. Nous avons décidé de la reprendre dès demain à la première heure. Souhaite que nous ne trouvions rien, car alors je te préviens que tu risquerais gros !

La porte claque, il est déjà parti. Déterville reste songeur, et n’est pas tellement rassuré. En effet, deux jours plus tôt, il a été chargé par son patron, le commissaire divisionnaire Dargent, de procéder aux investigations d’usage au sujet d’un crime commis à Ry sur la personne d’un garde-chasse Et en lui confiant cette tâche, son supérieur a ajouté : - Attention, les Allemands suivent de très près cette affaire attendu qu’ils connaissent bien la victime, qui leur servait de guide dans leurs parties de chasse, et que, surtout, la mort a été causée par une arme à feu interdite.

 

A son arrivée sur les lieux, en compagnie de l’inspecteur X…, Déterville trouve le cadavre du Sieur B… dans un sous-bois de la forêt de Saint-Denis. Les constatations démontrent qu’il a été tué par une seule balle de fusil de guerre. Photos, interrogatoires des voisins, visites aux proches, auditions, tout est rapidement mené. La personnalité de la victime se dégage : individu inflexible et impitoyable envers les braconniers locaux, mais servile et obséquieux à l’égard des officiers allemands qu’il conduit et conseille lors de leurs sorties en forêt. En son for intérieur, l’enquêteur est fixé et songe déjà à la conclusion de son rapport : « Crime dû à la vengeance d’un braconnier. »

 

C’est alors qu’une personne bien intentionnée lui suggère de diriger ses recherches vers la scierie des frères Boulanger, un peu « bracos », mais aussi probablement terroristes.

Déterville convoque alors les intéressés à la mairie, où il a établi son quartier général. Après leur audition, il est convaincu de trois choses :

 

Les Boulanger sont vraisemblablement des patriotes.

 

Ils connaissent tout de cette affaire.

 

Ils ne parleront jamais.

 

Dès lors l’inspecteur, lui-même résistant engagé, se sent en harmonie avec ces deux hommes qu’il vient de jauger et dont il pressent, avec raison, qu’ils sont de la trempe des plus braves. Aussi, laissant le soin à son collègue, dont il n’est guère sûr, de terminer les rapports, il raccompagne ses interlocuteurs jusqu’à la porte et, très discrètement, leur indique que l’enquête sera sûrement poursuivie par les autorités d’occupation. Et son ton signifie : « Attention, prenez vos précautions. »

 

Raoul Boulanger ne s’y trompe pas car, tout en assurant qu’il n’a rien à se reprocher, qu’ils peuvent venir, il tend à Déterville une main franche et spontanée que ce dernier serre d’un même élan. Ils se sont compris ! Et comme de juste, l’inspecteur dépose son rapport en concluant qu’il s’agit d’un crime de braconnier et que « l’absence de tout indice et de tout renseignement ne permet pas d’en retrouver l’auteur ».

 

Bien évidemment, cela ne convainc pas Alie, dont le flair est en éveil. Et c’est bien ce qui tourmente Déterville, car il sait l’autre fin limier. Aussi le soir même, ne rechignant pas devant les côtes à gravir, la distance et le mauvais état de son vélo, il fonce jusqu’à Ry qu’il atteint tout essoufflé. Il fait nuit noire, et aucune lumière ne filtre de la petite maison des Boulanger. Il frappe : pas de réponse, si ce n’est un peu plus loin l’aboiement lugubre d’un chien réveillé en sursaut. Il insiste, appelle à voix feutrée. Rien, pas un signe de vie. Il tambourine désespérément, va-t-il devoir repartir ainsi sans avoir pu alerter ces braves gens ? Enfin, en haut, à l’étage, une fenêtre grince doucement et une vague silhouette se profile dans les ténèbres. Une voix féminine s’enquiert :

 

-          Qui est là ?

 

-          Je suis un ami.

 

-          Que voulez vous ?

 

-          Vous avertir que demain matin, à l’aube, les Allemands seront ici, méfiez vous !

Déterville croit comprendre le mot « Merci » dans un bougonnement et la fenêtre se referme.

Le lendemain matin, des forces importantes de la Feldgendarmerie cernent les bois de Saint-Denis, tandis que la Gestapo dirigée par Alie commence sa quête, sous l’œil ironique de Raoul Boulanger et celui réjoui d’Henri. Interrogatoires et perquisitions ne donnent rien, et le surlendemain, sous l’air de plus en plus rigolard des frères la troupe se replie et rentre piteuse à Rouen.

 

Raoul Boulanger se frotte les mains de satisfaction ; il a raison, il peut être fier de son travail et de celui des siens. Le modeste souterrain, qui n’était destiné qu’à servi r de cache provisoire et d’issue de secours, est devenu, grâce à un travail acharné, une véritable forteresse souterraine. Qu’on en juge : trois dortoirs, un réfectoire, une salle de culture physique, une chambre à munitions, le tout relié par des galeries parcourues de mini-wagonnets plats aptes à transporter les armes et le matériel. On a même fignolé les détails : l’éclairage permanent (astucieusement pris sur le secteur), la ventilation, assurée par un courant d’air produit par l’ouverture des portes secrètes donnant sur le puits et la marnière, les postes de radio, un micro pour communiquer avec le sol, et même une sorte d’ascenseur amenant directement au premier étage de la maison !

 

Incroyable ! mais vrai. Bien sûr, ce gigantesque et discret travail n’a pas été accompli par les seuls frères Boulanger et leurs épouses, il est l’œuvre commune des premiers maquisards qui ont trouvé là leur refuge, tous cousins ou amis de la famille : René Boulanger, Roland Pétrel, Serge Lemoine, Robert Papillon, Jean Quédeville. Un peu plus tard, arrivèrent à leur tour : Maurice Pétrel, Lucien Levasseur, Emile Valleran, Adrien Pétrel, Raymond Bourel, Gustave Deschamps, Jean Iger, Charles Pétrel, François Chaumont, Lucien Vallereau, André Pleigneur, Georges Legué, Yvon, Marcel Beaucé. Et tous ces garçons demeureront pendant 27 mois dans leur maquis souterrain. Leurs seules sorties auront lieu la nuit pour effectuer tantôt un sabotage, tantôt une réception de parachutes, tantôt une embuscade.

 

Mais si Raoul Boulanger est satisfait du gîte, le couvert en revanche lui donne bien du souci. En effet, il faut que ces jeunes gens là mangent ! et ils sont tous clandestins, ce qui revient à dire qu’ils ne disposent d’aucun titre alimentaire ! Alors le chef de maquis organise une véritable chaîne de ravitaillement par complicités : le boulanger va pétrir jusqu’à une tonne de pain supplémentaire par mois grâce à la farine qui lui est fournie par Raoul, qui l’aura auparavant récupérée auprès de fermiers amis ; l’abattage clandestin assure la viande, les cultivateurs fournissent le beurre, fromages et légumes. La cuisine est la tâche que se réservent les héroïques grand-mères Boulanger et Duboc, et, grâce au fameux placard de la cuisine, l’acheminement des plats est aisé. Pour ne pas laisser ses gars inactifs, Fantomas les incite à creuser sans relâche, et leur fait aménager leur abri le mieux possible.

 

La véritable gageure qu’auront tenue les frères Boulanger et leurs épouses, sera d’avoir réalisé cet extraordinaire camp retranché, et de l’avoir fait vivre durant plus de deux ans, alors que les Allemands sont là, au château des Ventes, à cinquante mètres, et que les familiers de l’entreprise, y compris les ouvriers de la scierie, vont et viennent tous les jours sans se douter que le maquis est sous leurs pieds.

 

Dans la région de Ry et de Saint-Denis-le-Thiboult, on chuchote les noms de Fantomas et des Diables Noirs et c’est tout juste si, comme au temps du loup-garou, les bonnes femmes ne se signent pas en les évoquant. On leur attribue, parfois à tort, bien souvent avec raison, toutes les mésaventures qui surviennent à l’occupant et à ses sbires. Des poteaux téléphoniques qui, soudainement, sans raison apparente, s’abattent dans un entrelacement de fils et de haubans ; des camions ennemis brusquement propulsés au travers des chemins dans un fracas d’explosions ; des estafettes motocyclistes qui s’évanouissent dans les bois et dont on ne retrouve jamais la trace ; les écluses de Poses qui voient leurs portes se désintégrer dans un début de raz de marée ; des rames entières de cartes d’alimentation qui disparaissent des mairies locales ; des courbures de voies de chemin de fer saisies de frénésie baladeuse à l’approche des trains militaires ; tout cela évidemment peut effrayer les commères du secteur. Certes, elles connaissent bien les frères Boulanger ; elles les suspectent d’être au mieux avec les « terroristes » de la région, tout comme les Allemands d’ailleurs, qui viennent de temps à autre faire une petite perquisition à la scierie, mais de là à les soupçonner d’être les « Diables Noirs », ah non ! quand même pas ! D’ailleurs, ne sont-ils pas toujours à leur travail, sur leurs chantiers ?

 

Et, ce sera là encore un tour de force du chef maquisard, il réussira à faire accréditer par l’opinion publique le mythe d’un Fantomas, homme mystérieux et inconnu, dirigeant une escouade de diables qui surgissent ici ou là, à l’improviste, et se volatilisent aussitôt leur coup fait. On comprend pourquoi, et comment ! Cette thèse sera tellement ancrée dans les esprits que lorsque les responsables de la Résistance entreront en contact avec Raoul Boulanger, ils lui demanderont d’être leur intermédiaire avec l’invisible Fantomas ! Et, sérieux comme un pape, Raoul assurera qu’il accepte de servir d’agent de liaison.

 

Ainsi, le commandant Fantomas et le capitaine Cartouche seront-ils, pour les hommes des réseaux, des chefs de maquis que seul le lieutenant « Marceau » (c’est ainsi qu’ils ont baptisé Boulanger) peut approcher.

 

Il y aura même mieux ! Dans les réceptions de parachutages importants, on verra arriver pour assurer la protection du comité d’accueil, une section d’hommes armés, portant cagoules afin de n’être pas reconnus, et qui manœuvreront comme à l’entraînement, sans échanger un seul mot ! Les Diables Noirs !

 

-          C’est un boche !

 

-          Je te dis que c’est un Anglais !

 

-          Non, c’est un boche, j’en suis sûr.

 

Assis dans l’herbe humide en bordure de champ, Raoul et Henri se querellent à mi-voix au sujet du bruit de moteur qu’ils entendent ronronner là-haut dans la nuit. Tout autour du labour, les hommes imperturbables attendent patiemment, ils font confiance à leur chef.

-          Ecoute, tu vois bien que c’est un Anglais qui tourne depuis dix minutes au-dessus de nous !

-          Non, ce n’est pas le bruit d’un moulin british, c’est un boche, sûr que c’est un boche !

 

-          Mais pourquoi tournerait-il sur nous ?

 

-          J’en sais rien, peut-être qu’il est renseigné ?

 

Le vrombissement décroissait, puis se rapprochait, s’éloignait encore pour revenir à nouveau. Tendus, inquiets, les maquisards aux aguets épiaient soigneusement le bruit. A la fin, énervé, mais pas pour autant convaincu, Raoul envoie le signal. Aussitôt, l’avion s’enfuit dans une poussée de moteurs, tandis qu’un autre volant bien plus haut apparaît et largue plusieurs parachutes qui s’essaiment un peu partout aux alentours. Immédiatement, les gars partent à leur recherche, courant à droite et à gauche, quand brusquement le premier avion réapparaît et balance des fusées éclairantes ! Dès lors, l’énigme est résolue : c’est bien un appareil allemand qui marque maintenant le terrain, puis fait aussitôt demi-tour. Sous la clarté des fusants, les hommes, à toute allure, coltinent les containers, arrachant à grand-peine leurs galoches dans la terre labourée, tandis que, les trois femmes, spécialistes de ce travail, Lucienne, Augustine, et la mère Pascaline, s’évertuent à plier les parachutes récalcitrants qui s’accrochent aux ronces et aux barbelés.

 

Rapidement, Henri fait l’inventaire, il en manque trois sur vingt et un !

 

On entend maintenant dans le lointain des bruits de moteurs, et des phares trouent les ténèbres par endroits dans le creux de la plaine.

 

- Vite, vite ! hurle Raoul qui sent la meute se rapprocher, guidée par le marquage.

Bandant toutes leurs forces, au prix d'efforts surhumains, les maquisards traînent les containers dans les fourrés proches de la forêt de la Croix-Hallier et s'y enfoncent avec leurs précieux fardeaux. Sur les routes et les chemins alentours, les voitures allemandes mènent la sarabande pour un quadrillage serré. Il faut absolument se dégager de cette nasse et surtout planquer rapidement le matériel. Sautant les ronciers, s'extirpant des halliers dont les branches leur fouettent le visage au passage, tirant, poussant leurs lourds cylindres, les hommes parviennent à la lisière du bois, devant un grand herbage en pente. L'œil malin de Raoul a vite fait d'apercevoir l'énorme tas de fumier qui jouxte la haie latérale ; un coup de sifflet bref, et toute l'équipe se dirige par là. Sans autre forme de procès, à la main, on plonge dans le fumier. En un temps record, les containers et les parachutes y sont enfouis, et le tas égalisé. Quelques minutes plus tard, par les chemins creux, par le travers des prairies et des bosquets, les hommes dispersés s'évanouissent dans la nature.

 

Rentrés à leur atelier, les frères Boulanger ne s'estiment pas satisfaits ; en effet il manque trois containers qui peuvent être trouvés et ramassés par n'importe qui, y compris par les Allemands. En plein jour, se dissimulant de leur mieux des regards indiscrets, Henri et Raoul repartent donc tous les deux à la recherche du matériel manquant. Ils réussissent à récupérer deux colis, mais impossible de retrouver le troisième ! L'après-midi, Bénard le boulanger arrive aux Ventes et, fièrement, montre à Henri un superbe revolver qu'il prétend avoir trouvé près d'une espèce de rouleau, enfoncé en terre aux trois quarts, du côté de la plaine de Saint-Aignan. Le capitaine Cartouche réagit immédiatement :

 

- Écoute, Léon, garde ça dans ta poche si tu veux, mais garde surtout ta langue, car c'est un container que tu as vu. Les armes sont destinées au maquis et moins tu en sais, mieux ça vaut pour toi.

 

- T'inquiète pas, assure le boulanger, pas même ma femme n'en saura un mot !

Le brave Léon Bénard tint parole. Mais il fallait tenter de sauver ce chargement. André Quédeville, ayant attelé son cheval à une ridelle de paille, en fut chargé, et fut assez heureux pour procéder à la récupération.

 

Quant aux Allemands, qui n'auraient pas pensé un seul instant que les maquisards avaient pu traîner toute une cargaison aussi loin, à travers la forêt, ils en étaient à fouiller les véhicules vers Blainville et Morigny ! »

 

 

CHAPITRE VII

 

ALIE CONTRE FANTOMAS

 

«  Raoul Boulanger s'est couché vers cinq heures du matin, après une nuit mouvementée commencée par un nouveau parachutage et terminée par la corvée de ravitaillement. Il dort à poings fermés quand, vers sept heures, sa belle-sœur Augustine vient le réveiller sans ménagements :

 

- Raoul ! vite ! la police et les boches !

 

Dans un délai record, notre homme est debout, habillé et, de la fenêtre, il découvre le chantier truffé d'hommes casqués, de cars et de voitures. Il y a de tout là-dedans ; des Allemands, des GMR, des miliciens, la Gestapo !

 

Immédiatement, il grimpe à la mansarde où justement repose un de ses gars, souffrant. En deux temps, trois mouvements, il installe le malade dans le sac spécial, et le descend par l' " ascenseur " qui aboutit à la cave. Un coup sec sur la ficelle de la trappe, et le stock de patates qui était au-dessus s'écroule sur l'issue secrète, la dissimulant complètement. Le temps de faire jouer la porte dérobée, et voilà Raoul au milieu de ses hommes dans le souterrain. Immédiatement en état d'alerte, ces derniers bondissent à leurs postes respectifs et s'y tiennent aux aguets. Pendant ce temps, là-haut, l'inspecteur Alie mène les opérations : tout est fouillé de fond en comble ; maisons, atelier, chantier, bâtiments. Henri, qui joue les honnêtes artisans perturbés dans leur tâche, s'indigne : " Qu'est-ce que vous venez encore chercher ici ? " Personne ne se donne la peine de lui répondre, et les miliciens envahissent la grange où ils commencent à détasser les balles de paille. Pour le coup, " Cartouche " se sent moins à son aise ; c'est qu'au-dessous sont entreposés les containers d'armes ramassés la nuit précédente. Malgré l'habileté de l'équipe de Roland Pétrel, un homme négligent a pu laisser traîner un bout de cordon de parachute, ou ne pas se donner la peine de dépiler toutes les bottes des couches supérieures. Mais les mercenaires, après de brefs coups de crosse au hasard, dans le fond, là où sont justement dissimulés les cylindres, détassent les rangées du devant et rejettent les gerbées vers l'arrière, sur le stock ! Ce qui décontracte aussitôt Henri. D'ailleurs, comme le courage ne les étouffe pas, les miliciens abandonnent assez vite, laissant le tout en l'état. Ils reviennent vers la maison, accompagnés du chef maquisard qui rouspète tant et plus :

 

- Mais enfin, bon Dieu, vous foutez tout en l'air et on ne sait même pas ce que vous voulez ?

 

- On va vous le dire, on cherche des réfractaires.

 

- Et où voulez-vous qu'on les planque ? Ah si ! vous n'avez pas visité la marnière !

Avec un culot monstre qui époustoufle son frère, lequel, par une sorte de périscope monté dans une bouche à air surveille d'en bas les mouvements, Henri emmène les miliciens vers le puits de marne. Le chef se penche, il ne voit rien dans ce gouffre de dix-huit mètres de profondeur. Discussion, concertation, puis ces messieurs, très prudemment, descendent l'un des leurs pour visiter le fond à l'aide d'une corde de rappel. Au bout de quelques minutes, le volontaire est remonté, vert de peur, jurant qu'il n'a rien vu d'autre que : " des squelettes de bêtes crevées " ! Alie, lui, ne démord pas ; il fonce solitaire un peu partout, puis au bout d'un moment :

 

- Et où est votre frère ?

 

- Raoul ? Mais en forêt, bien sûr, à surveiller les coupes.

 

Le policier bougonne quelques mots désobligeants à l'égard des " crapules qui ne gagneront pas toujours " puis, d'un signe, fait regrouper ses sbires. Les portières claquent, les moteurs ronflent, et les véhicules disparaissent dans la côte de Ry sous l'œil goguenard d'Henri Boulanger.

 

Le contact établi par Raoul Boulanger avec le groupe " Jean-Marie " est étendu, grâce à André Trotel, fils du forgeron de Ry, à l'instituteur Renaud, du Houlme. Par eux, la liaison s'opère avec l'équipe SOE de Philippe Liewer (Clément) `. Désormais les parachutages vont se succéder avec des messages spéciaux de la BBC, notamment : " Rien ne vaut le cidre de Normandie " et " La jeunesse forme les voyages ". Pour Liewer et ses amis, Raoul Boulanger est le lieutenant " Marceau ", contact du célèbre Fantomas, chef des Diables Noirs. Habile de la part du responsable maquisard, qui cloisonne ainsi son groupe souterrain !

 

En tout cas, cette liaison avec Philippe Liewer va sauver les hommes de Fantomas : un beau jour, l'un des garçons est atteint d'un violent mal de gorge. On le hisse dans la mansarde transformée en infirmerie.

 

Le docteur Ouvry, de Croisy-sur-Andelle, est appelé et le diagnostic tombe, tranchant et angoissant : diphtérie !

 

Pour le coup, Raoul s'effraie un peu, car la diphtérie à cette époque était une maladie mortelle si elle n'était pas immédiatement enrayée par le sérum adéquat. De plus, la contamination était foudroyante. Du sérum ! Le brave toubib n'en a pas, seuls les hôpitaux disposent de rares ampoules, et encore ! Fantomas n'hésite pas ; aux grands maux, les grands remèdes, c'est vraiment le cas de le dire ! Le soir même, par son radio " Broni " il fait envoyer à Londres un SOS. Le lendemain, il est avisé qu'il sera " livré " cette nuit par le message : " On vient. " Fort bien, mais où ? Sur quel terrain ? Trois ou quatre sont homologués ! Dans la hâte apportée à l'opération, Londres a simplement oublié de le préciser. La nuit se passe, rien ! Voici l'aube et en même temps le ronronnement familier d'un Lysander. Raoul n'en croit pas ses yeux ! Juste au-dessus de chez lui ! Vite, à tout hasard, il saisit sa lampe, envoie la lettre code, et, aussitôt, un petit parachute blanc se détache et vient mollement s'affaisser sur le pré, tout près de la marnière ! Avec deux gars, il fonce et trouve une caissette carrée, rembourrée de caoutchouc. Elle est rapidement descendue au maquis et ouverte ; elle contient effectivement des boîtes de sérum. Le docteur est rappelé en urgence et, imperturbable, sans poser la moindre question, il injecte les ampoules à chaque garçon qui se présente devant lui. Il était temps, car déjà neuf maquisards étaient contaminés !

 

La tempête de neige balaie la campagne, et ses flocons ouateux constellent le pare-brise du vieux camion qui brinquebale sur la route. Sous la bâche rapiécée, assis sur un cageot renversé, Henri Boulanger grelotte littéralement. Dans la cabine mal jointe, où le vent glacial s'insinue à volonté, Raoul a remonté le col de sa canadienne et s'engonce de son mieux pour se protéger. Près de lui, Robert Baron, dit " Marquis ", une main sur son volant, l'autre sur le levier de vitesses, ne sent plus le bout de ses doigts malgré les gants fourrés qu'il a enfilés. On approche de Rouen et la nuit ne va pas tarder à tomber, favorisée par ce temps de neige et de grisaille. Raoul, témérairement, entreprend de bourrer sa pipe, tâche malaisée pour des phalanges engourdies. Le camion roule maintenant en ville et s'engage sur le pont de bateaux qui permet la traversée de la Seine, les autres étant détruits. Tout à coup, le moteur pétarade, s'emballe sur une pression de l'accélérateur, puis cale. Malgré les efforts du chauffeur, impossible de le relancer ! Marquis s'énerve, maltraite le démarreur, et la batterie donne des signes de défaillance sérieuse. Pour comble, voilà deux feldgendarmes qui rappliquent en faisant de grands gestes impératifs : Raus ! Raus ! Weg.

 

Alors Raoul, complètement réchauffé soudain, saute à terre :

 

- Quoi, weg, on est en panne, compris panne ! et d'un geste large il désigne le capot silencieux.

 

- Ach ! mauvais engin ! mauvais matériel !

 

- Eh oui, mauvais matériel, s'emporte Fantomas, vexé, faut faire avec ce que vous nous laissez !

 

Dans le camion, Henri, resté stoïque, a ramené entre ses jambes une caisse à pommes pleine de grenades, et il entend bien en faire usage si les choses se compliquent, car le chargement, sous quelques fagots, bois de sciage, est essentiellement composé d'armes. Sur le pont, c'est maintenant la confusion ! Les cyclistes se fraient péniblement un passage, les piétons se faufilent adroitement et quelques badauds s'attroupent. Et voilà le plus beau ! un détachement de la Wehrmacht qui rapplique au pas cadencé en chantant des airs martiaux, sortant de la caserne Pélissier.

 

Pour le coup, les feldgendarmes voient rouge :

 

- Raus ! Raus ! hurlent-ils en chœur, puis, comprenant soudain la dérision de leurs braillements devant la masse inerte du camion, ils se ravisent et interpellent le chef du détachement qui n'est plus qu'à quelques mètres :

 

- Komm hier, komm !

 

Le gradé s'approche, entend les explications des deux autres et, aussitôt, aboie un ordre. Alors, sous les yeux ébahis de Boulanger, l'escouade se rue sur le véhicule immobilisé et se met à pousser. Pour le coup, Marquis se rassérène, et s'applique à son volant tandis qu'à l'arrière, par les interstices de la bâche, Henri, sa caisse toujours entre les jambes, contemple l'effort des Allemands qui ahanent pour hisser le poids lourd en haut de la pente du pont. Quand enfin, sur la lancée énergique des soldats, le chauffeur réussit à enclencher sa vitesse et à embrayer dans un rugissement du moteur, Raoul saute en voltige dans la cabine, complètement réchauffé cette fois !

 

Quelques minutes plus tard, le camion entre au garage Philippon, rue des Abattoirs, les armes sont déchargées et dissimulées dans des fosses d'atelier sur lesquelles on roule de vieux châssis. L'une de ces fosses correspond avec le réseau des égouts et ce passage est très utilisé par les clandestins !

 

Une heure après, attablés chez " Mireille ", les trois hommes se remettent de leurs émotions en dégustant un café calva amplement mérité ! »

 

14 mars 1944.

 

«  L'inspecteur Alie, au-dessus de son journal largement déployé, jette de temps à autre un regard furtif sur l'homme qui se tient debout, depuis plus d'un quart d'heure, devant son bureau. Manifestement, l'individu sue de peur. Alors, suavement, tout en repliant le Journal de Rouen, le policier reprend sa conversation, comme s'il venait seulement de s'interrompre :

 

- Oui, je crois que vous allez être fusillé, mais avant, les Allemands vont sûrement vous torturer longuement pour connaître les noms de tous vos complices. J'ai entendu dire que le major Ehrarth aimait à arracher lui-même les ongles de ses interlocuteurs. Curieux homme !

 

Pourtant charmant dans le privé.

 

Cette fois le type défaille littéralement, son teint est devenu verdâtre, ses jambes flageolent et ses mâchoires claquent nerveusement.

 

Alie s'est levé, il resserre un peu son éternelle cravate verte, puis va dans un coin de la pièce chercher un tabouret qu'il tend généreusement à son prisonnier :

 

- Tenez, asseyez-vous, il vaut peut-être mieux que nous discutions de tout cela tranquillement ensemble. On pourra sans doute limiter les dégâts.

 

Cette fois, c'est gagné ! L'homme accuserait même sa propre mère d'avoir voulu assassiner le Maréchal ! Tout ce qu'il sait, il le dit ; tous les noms qu'il connaît, il les donne, tous les lieux où il est passé, il les indique ! Il est même presque désespéré de ne pas en savoir davantage !

 

Satisfait, se faisant préciser ici ou là un détail, Alie note, enregistre, accumule les renseignements, compare les informations avec ses propres sources. Enfin, vers dix-sept heures, apparemment ravi de tout ce qu'il vient d'apprendre, il quitte son bureau, emmenant avec lui le délateur, et se fait annoncer chez le feldkommandant.

 

La grande razzia va commencer !

 

La vieille Citroën se traîne dans les lacets de la côte de Ry, pente bien dure pour son moteur asthmatique. A l'intérieur du véhicule, Henri et Raoul Boulanger passent en revue les différents moyens qui pourraient leur permettre de lancer un raid sur les sous-sols du palais de Justice de Rouen. C'est qu'en effet les cellules qui y sont aménagées détiennent pas mal d'amis des Diables Noirs, dont le sort ne laisse guère de doute. Justement, ils viennent d'aller reconnaître les lieux en vue d'une possible intervention pour les libérer. Henri propose un investissement en force un dimanche, jour où la garde se relâche, Raoul penche plutôt pour une entrée par la ruse en jouant le rôle de fournisseurs. Tout à leur discussion, ils ne s'aperçoivent pas que deux voitures les suivent depuis le bourg. Brusquement, à mi-côte, une camionnette arrêtée dans un tournant les oblige à stopper. A peine leur voiture est-elle immobilisée que, des bas-côtés de la route, surgissent des soldats, fusils pointés, tandis que, de l'arrière, apparaissent les occupants des automobiles suiveuses.

 

En un clin d'œil, nos deux chefs de maquis ont compris qu'ils viennent de tomber dans un guet-apens.

 

Toute résistance est inutile, vu le nombre et l'armement des adversaires.

 

Ils sont amenés à la scierie, dans la maison d'Henri, et là les interrogatoires commencent, dirigés par Alie. Assis chacun sur une chaise, menottés, jambes entravées, ils font front aux hommes de la Gestapo déchaînés. Rapidement, Raoul s'aperçoit que ces messieurs savent beaucoup de choses. Ils sont au courant des parachutages, situent parfaitement deux des terrains, connaissent les lieux de rencontre et les boîtes aux lettres de Rouen, ainsi que l'entrepôt des armes au garage Philippon. On bombarde Fantomas du nom que lui a donné Philippe Liewer : " Lieutenant Marceau ". Son cerveau fonctionne à toute allure ; le chef de maquis fait le point : on ne lui parle que des groupes de liaison, les gestapistes paraissent tout ignorer de ce qui concerne les Diables Noirs. Effectivement, les questions pleuvent bientôt dru, avec les premiers coups, à ce sujet.

 

- Où se cache Fantomas ? Où sont les maquis ? Qui est Fantomas ? Où le retrouviez-vous ?

 

Aux coups de pied et de poing, succèdent les coups de trique.

 

Deux sbires sont allés chercher des rondins de fagot et frappent à toute volée.
Toute la nuit la séance se poursuit et au matin les Boulanger, qui n'ont rien révélé, sont en fâcheux état. Raoul, matraqué de surcroît avec un maillet de menuisier pris sur son propre établi, a toutes les dents cassées et le crâne quasi fracturé. Ses cuisses, tabassées avec un côteret, ont triplé de volume. Henri a les jambes en sang, on aperçoit l'os au milieu d'un magma sanguinolent.

 

N'ayant rien réussi à obtenir, les policiers, après une nouvelle fouille négative, quittent les lieux vers huit heures du matin, emmenant les deux frères. Ceux-ci, à demi inconscients, réalisent pourtant que, par leur mutisme, ils ont sauvé leurs hommes qui vont pouvoir maintenant évacuer le souterrain. On les amène rue du Donjon, et là, durant quatre jours, les gestapistes s'acharnent sur ces deux braves atrocement blessés et laissés sans soins. Tout y passe : coups, doigts écrasés dans des presses, bastonnades au nerf de bœuf suspendus par les pieds ; peine perdue, les Boulanger restent muets. Ils sont incarcérés à Bonne-Nouvelle et ramenés chaque jour aux interrogatoires. Et cette terrible épreuve va durer un mois, jusqu'au terrible bombardement du 19 avril qui écrase Rouen sous des tonnes de bombes et de torpilles. Toute la vieille ville, et ses rues aux maisons chargées d'histoire, sont anéanties : rue des Carmes, rue Saint-Nicolas, rue du Gros-Horloge, rue Thiers, rue Ganterie, marché aux Fleurs, rue Socrate, rue Verte, rue Bihorel, place Henri-IV, rue des Charrettes, place Carnot, etc. Des monuments, des hôtels classés, sont rasés ou gravement endommagés : le théâtre Français, l'hôtel Romé, l'hôtel de Bourgtheroulde, la cathédrale sont durement touchés ainsi que l'hôtel de la Couronne et l'église Saint-Vincent. Le palais de justice est éventré, l'hôtel des Sociétés savantes mutilé ; près de six cents immeubles sont réduits en cendres et on dénombrera plus de huit cents morts. Paradoxalement, c'est ce gigantesque cataclysme qui va sauver les Boulanger ! En effet, les bombes qui ont écrasé la rue du Donjon et le palais de Justice ont enterré en même temps, ou brûlé, un très grand nombre de dossiers.

 

Et les Allemands se retrouvent avec une multitude de prisonniers sur les bras dont ils ne possèdent plus les fiches. L'organisation méticuleuse des fonctionnaires du Reich est alors décapitée par ce chaos et, dans l'expectative, partant du principe que si des gens ont été arrêtés c'est qu'ils sont coupables, elle décide la déportation massive de tous les prisonniers.

 

C'est ainsi qu'un matin, vers quatre heures, toutes les cellules sont ouvertes et les détenus rangés tant bien que mal sous les coups de crosse des SS. On les accouple deux par deux et Raoul regarde son partenaire, un type couvert de sang séché, avec un cou énorme, tuméfié, crasseux, et soudain il reconnaît le pull-over grenat, identique au sien ; c'est Henri, c'est son frère !

 

Dans leur épreuve, ils ont la joie de se retrouver et de partir ensemble. Intégrés dans un convoi, ils sont dirigés sur Compiègne, puis ce sera l'infernal voyage dans le train de la mort vers Auschwitz, Buchenwald. Envoyé à Flossenburg, Henri ne survivra pas à ses blessures dans les dures souffrances du bagne nazi. Il y succombera quelques mois plus tard.

 

Mais Alie n'est pas satisfait, loin de là ; les maquisards se sont échappés. Dans sa furie, il fait alors arrêter Lucienne et Augustine, les deux épouses des frères Boulanger. Déportée à Ravensbrück, puis à Bergen-Belsen, Augustine y laissera sa santé et s'éteindra peu de temps après son retour en France. Raoul Boulanger, Fantomas, l'homme au moral d'acier et au cerveau fertile, est rentré des camps le 1er mai 1945. Son épouse, Lucienne, reviendra un mois plus tard.

 

Si par une belle journée de printemps, vous n'avez pas de but de sortie, prenez la route de Ry et dirigez-vous vers Saint-Denis-le-Thiboult. En haut de la côte, arrivant au hameau des Ventes, vous trouverez un monument surmonté du V de la victoire et de la croix de Lorraine ; vous pourrez vous y recueillir en souvenir des héros du maquis des Diables Noirs. »

 

**** ** ****

 

Ce texte a été repris sur le site « http://beaucoudray.free.fr/gestapo.htm » pour étayer l’article paru dans notre rubrique : « Stèles et Monuments » sous le titre « Mémoriaux de la Forêt de Lyons » suite à nos recherches faites sur ce secteur. Il se suffit à lui-même pour accompagner dignement les photos prises sur le plateau des Ventes par mes soins et faire connaître, à nos lecteurs, le courage, le sens du devoir et du patriotisme qui ont animé ces hommes et femmes auxquelles nous devons un respect éternel.

 

Alain Octavie

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OGDEN-SMITH

 

Le Capitaine (Major) OGDEN-SMITH Colin, Malcolm est affecté au S.S.R.F (Small Scale Raiding Force) groupe commandos qui, transporté par des moyens légers de la Royal Navy (M.G.B = Motor Gun Boat = Vedette rapide) et dotés pour l’approche des côtes de « Goatley (embarcation légère pliable en toile et armature en bois pouvant emporter 11 hommes), effectue des coups de main sur les côtes normandes et les iles Anglo-normandes durant la seconde guerre mondiale.

 

Il participa notamment aux opérations : « Branford » (Ile de Burhou) 7 sept 1942 – « Basalt » (Ile de Sercq) 19/20 sept 1942 et 2/3 octobre 1942 – « Batman » (Osmonville-la-Rogue) 15/16 novembre 1942.

 

Après dissolution du S.S.R.F, il rejoint, en mai 1943, le 2e S.A.S à Philippeville (Algérie).

Affecté à une équipe « Jedburgh » le 10 juillet 1944, il est parachuté en Bretagne sud, sur le secteur de Meslan (Morbihan), sous le pseudonyme « Dorset » en compagnie du Sgt Radio A.J Dallow (alias « Groat ») et le capitaine Guy Le Borgne (alias « Durance »). Sous le nom de code « Francis », le groupe aide les Résistants dans le renforcement des liaisons de leurs réseaux, leur instruction militaire et l’aménagement de terrains pour les parachutages. Ils sont actifs avec les groupes de résistance de Rosgrand (Finistère) et de Guiscriff (Morbihan).

Le dénouement arrive le 29 juillet, alors que rejoint par le Second-Maitre Le Guyader et le Sergent Miodon, ils font une halte dans la Ferme de la famille Fiche à Kerbozec , commune de Querrien (Finistère) où ils sont dénoncés par un voisin, collaborateur belge. Encerclés par les allemands, Ogden-Smith et Miodon sont tués dans les échanges de tirs, Le Guyader, blessé, réussi à s’échapper.

 

Louis Fiche, le fermier, est (pour les uns) fusillé sur place, (pour d’autres) tué d’un coup de baïonnette dans le dos ( ?) en représailles.

Le Major OGDEN-SMITH, âgé alors de 33 ans, est inhumé dans le cimetière communal de Guiscruiff (Morbihan).

 

Citations à titre posthume :

Award Mention in Despatches (1945)

Award Territorial Efficiency Decoration (1950)  

 

 

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